Sexualité et identité sexuelle

8 décembre 2018

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Quelle que soit l’espèce sexuée,
la nature a investi l’activité sexuelle de la mission de pérenniser la dite espèce.

Chez les mammifères,
l’évolution a valorisé le plaisir comme incitation à la procréation.
La jouissance orgasmique résulte de la sécrétion d’endorphines
par le système hypothalamo-hypophysaire.

Chez Homo sapiens,
la dimension affective de la relation ajoute à l’objectif de procréation une dimension nouvelle.

Ainsi donc, chez Homo sapiens,
procréer, jouir, aimer,
constituent les trois composantes de la relation sexuelle.

Quelques définitions

Hétérosexualité : attirance pour des personnes de l’autre sexe

Homosexualité : attirance pour des personnes du même sexe

Bisexualité : attirance pour l’un et l’autre sexe

Transsexualité : identité sexuelle ressentie opposée à l’identité anatomique

Homo sapiens n’a pas inventé la bisexualité.
Elle se manifeste chez des centaines d’espèces, en particulier des mammifères et des oiseaux. L’homosexualité exclusive ne semble pas exister parmi ces espèces.
● Chez le gorille, ou chez le lion,
relations homosexuelles entre jeunes mâles,
qui n’ont pas accès aux femelles monopolisées par le mâle dominant.
Le jeune mâle adopte un comportement hétérosexuel
lorsqu’il quitte son groupe pour se constituer un groupe autonome.
● Chez le bonobo,
homosexualité régulière entre femelles
afin de tisser de forts liens et de dominer socialement les mâles.
La femelle est bisexuelle tout au long de sa vie d’adulte.

L’un ou l’autre de ces deux facteurs est retrouvé chez toutes les espèces étudiées
chez lesquelles existe un comportement homosexuel.

La sexualité au cours des siècles

Dans l’antiquité
Voilà 5000 ans, les Sumériens s’accouplaient indifféremment
à des prostitué(e)s sacré(e)s dans les temples dédiés à Ishtar, déesse de l’amour,
afin de garantir la fertilité du pays.

A Athènes, l'éraste, partenaire adulte, doit être actif dans la relation sexuelle,
et l'éromène, adolescent, passif, faute de quoi la relation est considérée comme immorale.
L'homosexualité exclusive est condamnée,
la pédérastie n'excluant pas les relations hétérosexuelles ni la procréation.
Les femmes restent entre elles.
Dans cet environnement, si les relations sexuelles et érotiques entre hommes
sont représentées dans la littérature, l'art et la philosophie,
rien ne documente une éventuelle activité homosexuelle entre femmes.

A Rome, la Lex scattina, votée en -226,
laisse supposer que les comportements sexuels ont, alors, besoin d’être mieux encadrés.
Les femmes étant alors considérées comme des mineures à vie,
on dispose de peu d’éléments sur leur comportement sexuel.
L’émergence du christianisme
s’accompagne du devoir de procréation :
« Soyez féconds, croissez et multipliez, remplissez la terre ! »,
ce qui condamne recherche du plaisir et comportements homosexuels.
Constantin puis Justinien décident d’appliquer la peine de mort
aux hommes libres pratiquant l’homosexualité.

Au Moyen-Age
Pour l’Eglise, seule la procréation justifie l’acte sexuel.
Elle interdit donc et punit,… en principe, les actes homosexuels,
à une époque où le mode de vie, monastique ou chevaleresque,
fournit un terrain propice à ce type de relation.
Le relatif silence sur l’homosexualité féminine dénote une ambivalence :
d’un côté, les pratiques sexuelles entre femmes
semblent ne pas valoir la peine d’être discutées ;
de l’autre, l’incompréhension inspire aux hommes la crainte
que les femmes prennent en main leur sexualité et n’aient plus besoin d’eux.
Vers la fin du Moyen-Age,
sodomie et hérésie sont souvent associées (Inquisition).
Les monastères et couvents adoptent des règles de surveillance plus strictes,
et les peines prévues sont plus fréquemment appliquées, de l'amende au bûcher.
Pourtant, le nombre de condamnations demeure faible.
L'amour charnel au sein du couple hétérosexuel commence alors à être valorisé :
ce sont les débuts de la sacralisation du mariage.

La Renaissance 
Politique plus répressive… et l'accusation de sodomie devient une arme politique.
La torture est parfois infligée aux coupables d'actes homosexuels ou de sodomie.

A l’époque classique
De nombreux personnages publiques sont accusés d'être homosexuels, à tort ou à raison,
mais ce motif seul ne donne presque jamais lieu à des condamnations,
d'autant que ces individus sont, pour la plupart mariés
avec des femmes produisant descendance.
Et puis… l’Eglise compte trop d'influents prélats
s'adonnant à ces plaisirs pour oser les condamner.

L’époque des Lumières
C'est une époque plutôt tolérante.
Pourtant, Voltaire, habituellement apôtre de la tolérance, s'y oppose farouchement.
Pour lui, l'homosexualité est un « attentat infâme contre la nature ».
En 1791, la France est le premier pays à dépénaliser l'homosexualité.
Le crime de sodomie n’est pas retenu dans le Code pénal.

Au milieu du XIXe siècle
L'homosexualité masculine est considérée comme un problème social
dans de nombreuses sociétés occidentales,
alors que l’homosexualité féminine n’est pas considérée comme un problème significatif.
Peu d’études lui sont consacrées.
Les thèmes homosexuels fleurissent dans la littérature romantique et post-romantique.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle
De plus en plus d'écrivains ne font pas mystère de leurs préférences sexuelles.
Les sexologues affirment que l’homosexualité est une anomalie congénitale,
et les homosexuels, hommes ou femmes, se résignent à être considérés comme différents.
Apparaît alors le terme « homosexualité »,
ainsi que la conceptualisation de l'idée de « sexualité » :
l'orientation sexuelle de l’individu prend, dès lors, une dimension existentielle et psychologique.

Le XXe siècle
Il suit la tendance du précédent à une acceptation sociale plus grande de l'homosexualité
qui reste considérée comme un trouble dû
à une maladie nerveuse (par la psychiatrie)
ou à l'histoire individuelle (par la psychanalyse naissante).
Selon Freud, il s’agit d’une perversion, au sens psychologique et non moral,
du modèle de maturation psychique qu'est le complexe d'Œdipe.
Chez les hommes, l’homosexualité devient un véritable phénomène de société.
Elle devient aussi un thème littéraire.
Pourtant, bien qu'elle ne soit pas punie par la loi,
elle peut constituer un obstacle à certaines carrières professionnelles
L’Eglise, quant à elle, continue de considérer la procréation
comme seul et unique but de la sexualité, au sein du sacrement de mariage.

Arrive alors la fin des années 70 … et l’émergence du sida !

Au début de l'épidémie,
le sida (syndrome d’immunodéficience acquise) est associé à l'homosexualité
en raison du grand nombre de personnes atteintes dans le milieu gay…
jusqu’à ce que les personnalités séropositives non homosexuelles
se montrent de plus en plus nombreuses.

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Une fois le virus de l'immunodéficience humaine identifié (en 1984) et les modes de contamination découverts (rapports sexuels, transfusion sanguine, contamination de mère à fœtus),
des campagnes d'information sont organisées.

Pour mémoire (données ONUSIDA) :
de 1981 à 2017 :
35.4 millions de décès par SIDA
dans le monde.
En 2017 :
36.9 millions de porteurs du virus,
soit 0.5 % de la population mondiale.

La prise de conscience générale est puissamment aidée par la communauté homosexuelle qui incite les dirigeants politiques à encourager des recherches scientifiques massives.

Un peu de science :
quels sont les acteurs de la reproduction sexuée ?

A - Les chromosomes

Le noyau de toutes les cellules de l’organisme (sauf les gamètes) contient
23 paires de chromosomes.
Ces cellules sont dites diploïdes.
La 23ème paire comporte
2 chromosomes X
chez la femme
alors qu’elle comporte
un chromosome X et un chromosome Y
chez l’homme.

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B - Les organes génitaux ou gonades

Ce sont deux ovaires chez la femme, deux testicules chez l’homme.
Leur maturation s’effectue tout au long de la gestation, de l’enfance, et de l’adolescence.
C’est là que se déroule la gamétogenèse,
formation des ovocytes chez la femme, des spermatides chez l’homme,
cellules dont le noyau contient n chromosomes et qui sont dites haploïdes.
Les gonades assurent aussi la synthèse des hormones sexuelles,
œstrogènes et progestérone chez la femme, testostérone chez l’homme,
régulée par les stimulines hypophysaires.

C - La gamétogenèse

Elle fait appel à une division cellulaire particulière, la méiose,
processus de double division cellulaire :
chaque cellule souche sépare son patrimoine génétique en deux
afin de ne transmettre que la moitié de ses gènes aux cellules filles.
La gamétogenèse chez les femmes s'appelle ovogenèse => ovocytes ;
chez les hommes elle s'appelle spermatogenèse => spermatides.

Le chromosome X

153 millions de paires de base.
Plus de 1 000 gènes.
5 % de l'ADN nucléaire.

Les femmes (46, XX)
ont deux chromosomes X,
l’un d'origine paternelle
et l’autre d'origine maternelle.

Les hommes (46, XY)
ont un seul chromosome X
d'origine exclusivement maternelle.

Il porte le gène AR
(site Xq11.12 du bras long)
essentiel dans la sensibilité des cellules
aux androgènes.

Plusieurs dizaines de maladies génétiques,
sans lien avec la sexualité,
sont liées au chromosome X.

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Le chromosome Y

50 millions de paires de base.
Moins de 300 gènes.
1,5 % à 2 % de l'ADN nucléaire.
La plus grande partie du chromosome Y
ne contient aucun matériel génétique fonctionnel.
Il est le seul chromosome
non nécessaire à la vie.

Les femmes (46, XX)
n'ont aucun chromosome Y.

Les hommes (46, XY)
ont un chromosome Y
d'origine exclusivement paternelle.

Certains gènes du chromosome Y
orientent le développement sexuel
(testicules ou ovaires)
et le phénotype de l’embryon,
en particulier le « gène architecte »
SRY (site Yp11.31 du bras court),
responsable
du sexe gonadique de l’individu.

Quelques anomalies chromosomiques connues

Syndrome de Klinefelter (47, XXY) et, plus rarement, (48, XXXY), (49, XXXXY).
0,2 % des naissances.
Phénotype masculin. Grande taille.
Testicules réduits, non producteurs de gamètes => infertilité.
Glandes mammaires anormalement développées.
Moins de 10 % de ces syndromes sont diagnostiqués avant l'âge adulte.
Environ un quart des cas dépisté.

Syndrome de Turner (45, X).
0,04 % des naissances.
50 % des syndromes de Turner sont, en fait, des mosaïques (45, X / 46, XX).
Phénotype féminin. Petite taille.
Développement incomplet des ovaires. Infertilité.
La plupart des grossesses débouchent sur une fausse couche.
Mosaïque (46, XX / 46, XY) : hermaphrodisme. 0.003 % des naissances.
Les gonades contiennent du tissu ovarien et du tissu testiculaire. Infertilité.

Syndrome de Swyer (46, XY)
Mutation du gène SRY (Yp11.31) qui ne s’exprime pas (transsexualisme M=>F).
0,01 % des naissances.
Phénotype féminin malgré un caryotype masculin.
Ovaires non différenciés. Risque majeur de malignisation => ovariectomie précoce.

Syndrome d’insensibilité aux androgènes (46, XY)
Mutation du gène AR (Xq11.12) (transsexualisme M=>F).
0,002 % des naissances.
Testicules intra-abdominaux. Organes génitaux externes féminins.

Mutation du gène CYP17 (10q24.3)
chez un sujet (46, XX) (transsexualisme F=>M).
0.005 % des naissances.

Hyperplasie congénitale des surrénales (déficit en 21-hydroxylase).
Mutation du gène CYP21A2 (6p21.3).
0,007 % des naissances.
Déficit de fonctionnement corticosurrénalien
=> hypersécrétion ACTH => hypersécrétion d’androgènes surrénaliens
Chez la fille : virilisation et ambiguïté sexuelle.
Chez le garçon : décès précoce en l’absence de diagnostic.

Identité sexuelle ressentie, en dehors de toute anomalie connue


L’homosexualité masculine exclusive
On ne connaît pas la totalité des facteurs biologiques
susceptibles d’expliquer l’homosexualité masculine.
Les pistes identifiées n’expliquent qu’une partie des cas
et les recherches se poursuivent.

L’homosexualité féminine
Au cours de l'histoire,
les hommes ont eu du mal à reconnaître l’homosexualité féminine
comme un comportement sexuel à part entière,
en raison de l'absence de mâle dans une telle relation.
Les femmes qui dérogeaient aux normes qui leur étaient assignées
ont souvent été considérées comme des malades mentales.
Bien qu’elle soit connue dans de nombreuses cultures au cours des âges,
elle n’est considérée comme une entité digne d’étude que depuis la fin du XIXe siècle.
Les données disponibles suggèrent qu’elle est différente de l’homosexualité masculine.
Les facteurs biologiques y semblent moins fréquents,
tandis que les déterminants personnels et sociaux apparaissent prépondérants.
La plupart du temps, il semble s’agir d’une volonté, plus ou moins consciente,
d’indépendance affective, économique, sociale, et donc sexuelle,
vis-à-vis de la gent masculine et de sa tendance à la domination.
Si certaines femmes homosexuelles, volontaires et combatives,
développent un véritable « habitus corporis » de garçon manqué,
d’autres sont plutôt axées sur la tendresse.
Mais dans la plupart des cas, elles privilégient la fusion affective.

Société et identité sexuelle

Jusqu’en 1990,
l’homosexualité était considérée comme une maladie mentale
par l’Organisation mondiale de la santé.

Aujourd’hui,
aucune école psychiatrique ne considère plus l'homosexualité, exclusive ou non,
comme une maladie.
L’homosexualité masculine concernerait 4% de la population,
l’homosexualité féminine 2 %.
Les femmes homosexuelles considèrent souvent le fait d'être lesbienne comme un choix,
contrairement aux hommes homosexuels,
qui manifestent leur identité plus ouvertement
et la considèrent comme ne relevant pas de leur contrôle.

Environ 50% des femmes homosexuelles ont été mariées auparavant,
contre 6 % chez les hommes.
85% des femmes homosexuelles ont commencé par une expérience hétérosexuelle,
contre 20% chez les hommes.

Deux problématiques apparemment distinctes, donc,
sur lesquelles les recherches se poursuivent,
mais qui, dans tous les cas,
s’enrichissent de la conscience d’un choix de vie,
digne du respect et de l’empathie de tous.

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