Le nord de l'Afrique
de la Préhistoire à l'Empire ottoman

25 novembre 2017

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Nous nous limiterons ici au « nord du nord de l’Afrique », c’est à dire au territoire qui jouxte le nord du Sahara.

Ce superbe désert a joué, au gré des fluctuations climatiques, un rôle souvent déterminant dans les évolutions respectives
des différentes sociétés humaines du nord du continent africain.

Les restes fossiles des plus anciens Homo sapiens connus (3 adultes, 1 adolescent et 1 enfant) ont été trouvés sur le site du Djebel Irhoud, au Maroc,
à 100 km à l’ouest de Marrakech.
D’après les résultats publiés en juin 2017, ils dateraient de plus de trois cent mille ans.

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Le Sahara est alors une savane verdoyante.
L’absence de barrière saharienne a certainement facilité, à l’échelle du continent africain, éclosion et dispersion de ce nouveau venu, tout au long du paléolithique moyen.

Il y a environ cent mille ans, au hasard de ses migrations, Homo sapiens sort d’Afrique.

Ce faisant, il se lance, sans le savoir, à la conquête du monde. …
Il lui arrivera même de revenir à la « case départ ».

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Ainsi, les Ibéromaurusiens ont-ils, voilà vingt mille ans, implanté leur culture sur le littoral méditerranéen du Maghreb et dans la région des Hauts Plateaux.
Ils auraient, semble-t-il, émigré depuis l’Espagne. Comme leurs contemporains du nord de la Méditerranée (Altamira, Lascaux), ce sont des Cromagnoïdes.
Le Sahara, devenu aride à cette époque, constitue une barrière.

Il y a dix mille ans émerge la culture capsienne, à l’est du Maghreb.
Les Capsiens ne sont pas des Cromagnoïdes, mais des proto-méditerranéens, et ce sont probablement les premiers artistes du Maghreb : objets de parure, coquilles d’œufs d’autruche gravées, pierres sculptées, …
A cette même époque débute une période humide sur le Sahara.

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Les Néolithiques de tradition soudanienne nomadisent dans la partie méridionale du Sahara, au milieu du dixième millénaire.
Plus au nord, les Néolithiques de tradition capsienne poursuivent leur extension vers l’ouest et le sud.

Les Capsiens du Sahara réalisent des peintures rupestres comme celles du Tassili n'Ajjer, qui sont autant de témoignages de leur mode de vie :
chasse, agriculture, rites, … et de leur impressionnant sens artistique.

Vers le cinquième millénaire avant notre ère
s’amorce peu à peu une nouvelle phase de désertification du Sahara.
Dès le milieu du quatrième millénaire,
le nord de l’Afrique se trouve à nouveau dans une situation quasi insulaire
vis-à-vis du reste du continent.

Et voici l’antiquité.

Le passage de la situation de chasseur-cueilleur à celle d’éleveur-agriculteur constitue une révolution, sans tuer pour autant le nomadisme.

A l'est

La désertification du Sahara pousse les occupants de sa partie orientale vers la vallée du Nil où prend naissance l’empire égyptien, à la fin du quatrième millénaire avant notre ère.
Coupée du reste de l’Afrique septentrionale, l’Egypte pharaonique déroule son histoire entrecoupée d’épisodes tumultueux : Hyksos, dynasties libyennes, domination assyrienne puis perse, … en attendant Alexandre le Grand.

A l'ouest

Au deuxième millénaire avant notre ère,
le Maghreb occidental est peuplé par les Maures
et le Maghreb central et oriental par les Numides.
Les uns et les autres pratiquent une culture pastorale seminomade et nouent quelques contacts. Sédentarisation et agriculture permanente s’amorcent.

Sur les hauts plateaux des confins sahariens, ce sont les Gétules qui nomadisent.

Au premier millénaire avant notre ère,
la recherche de minerais conduit les marchands phéniciens (en particulier, ceux de la cité de Tyr)
en Méditerranée occidentale où ils implantent des points d’escale
qui deviennent peu à peu des comptoirs permanents.

En -631, des navigateurs grecs s’installent, eux aussi, sur la côte septentrionale de l’Afrique.
Ils fondent le royaume de Cyrène, qui deviendra une république en -458,
avant de passer sous la tutelle des Ptolémées d’Égypte.

Les Phéniciens renforcent peu à peu certains de leurs comptoirs, en particulier Carthage,
à la fin du neuvième siècle avant notre ère.
Ville phénicienne, elle abrite essentiellement une population originaire de Tyr,
dont la langue et les coutumes sont phéniciennes.
Elle voit son importance croître, entre le début du septième et le sixième siècle avant notre ère,
du fait du déclin de Tyr consécutif aux diverses invasions du Proche-Orient
(Assyriens, Babyloniens, Perses …).
La ville de Carthage établit alors peu à peu sa suprématie
sur les autres établissements phéniciens d’Occident.

Ainsi donne-t-elle naissance à la civilisation punique,
issue de la fusion entre cultures locales et culture phénicienne.

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L’empire carthaginois
au début des guerres puniques

Les ports de Carthage et la colline de Byrsa
( Musée national de Carthage)

Le reste du Maghreb est peuplé de Berbères qui forment, au quatrième siècle avant notre ère, les Royaumes berbères :
Royaume de Maurétanie à l'ouest,
Royaumes numides des Massaesyles au centre et des Massyles à l'est.

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Les cavaleries numide et maurétanienne fournissent d’importants contingents à l’armée carthaginoise, tandis que les Libyens constituent l’essentiel de l’infanterie légère punique.

Les trois guerres puniques (-264/-241, -218/-202, -149/-146)
s’achèvent sur la destruction de Carthage par les Romains.

Après la chute de Carthage,
le développement des royaumes de Numidie et de Maurétanie se poursuit.

Ce n’est qu’en -46, soit un siècle après la destruction de Carthage,
que Rome décide d’administrer directement l’ensemble de la Numidie.

En Maurétanie, Rome confie, en -31, le trône à Juba II, fils du dernier roi de Numidie,
qui y règne pendant plus de quarante ans.
Rome n’annexera le royaume maurétanien qu’en l’an 40.

En Egypte,
la basse époque sonne le déclin des Pharaons.
Guerres intestines, dynasties multiples, pillage de Thèbes par les Assyriens, occupation perse, …

La conquête du pays par Alexandre le Grand permet l’expulsion de l’envahisseur perse.
En -331, Alexandre fonde Alexandrie, la nouvelle capitale.
A sa mort en -323, le général Ptolémée y fonde la dynastie des Lagides ou dynastie ptolémaïque.

Le dernier acte s’ouvre en -48 lorsque le pharaon Ptolémée XIII fait assassiner Pompée.
Jules César occupe alors Alexandrie,
… et devient l’amant de Cléopâtre, sœur-épouse du roi, à qui il confie le trône.
Après l’assassinat de César, Cléopâtre prend le parti d’Antoine.
La victoire d’Octave la conduit à se donner la mort.
Octave fait alors de l’Egypte une province du nouvel empire romain.

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La Libye tombe également sous la domination de Rome et devient, comme l’Egypte, un « grenier à grains » de l’Empire.
Le Fezzan, pays des Garamantes, est une étape importante dans les échanges transsahariens : or, esclaves noirs, plumes d’autruche, fauves, émeraudes, … contre vins, objets en métal, poteries, textiles, verrerie…

Quant aux provinces romaines du Maghreb,
elles sont redéfinies par l’empereur Claude.

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A partir du règne d’Hadrien sont fondées
des colonies de vétérans d’origine locale
qui évoluent vers une romanisation totale.
Les citadins autochtones, surtout les plus riches,
s’efforcent d’élever leur condition socio-économique.
L’édit de Caracalla,
qui accorde en 212 la citoyenneté romaine
à tous les habitants libres de l’Empire,
conforte leur intégration.
A la frontière entre provinces romaines et espace saharien
est aménagée une zone de confins,
le limes, sur 50 à 100 km de profondeur :
fossés et routes jalonnées de postes et de fortins.
Le désert et le dromadaire confèrent aux Berbères, le long de l’Atlas saharien,
une grande latitude de manœuvre.
Rome ne parviendra ni à éteindre la résistance berbère
ni à sédentariser les nomades du sud et de l’ouest.

Au début du troisième siècle, de petites communautés chrétiennes se forment.
En l’an 203 à Carthage, Perpétue, Félicité et leurs compagnons
sont livrés aux bêtes dans l’arène de l’amphithéâtre.

La paix de l’Eglise, décrétée par Constantin au début du quatrième siècle,
permet au christianisme africain de s’épanouir.

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Saint Augustin
en est l’illustration.
Il naît en 354 à Thagaste en Numidie.
Il devient évêque d’Hippone
et sera « Père de l’Eglise ».

Sa lutte contre le schisme donatiste
et ses ouvrages théologiques
témoignent des potentiels
de la « romanité africaine ».

Il meurt en 430,
pendant le siège d’Hippone
par les Vandales.

Les multiples difficultés qui conduisent l’empire romain d’occident à sa chute
n’épargnent pas l’Afrique romaine.

Les Vandales traversent le détroit de Gibraltar en 429.
En 438, ils s’emparent de Carthage, qui est une nouvelle fois pillée.
En 455, les côtes de Libye sont conquises à leur tour.
L’empire romain d’Orient reconnaît, en 474,
leur statut de puissance maritime en Méditerranée.

En 533, sur l’ordre de l’empereur byzantin Justinien,
le général Bélisaire élimine en trois mois le pouvoir vandale.

Pourtant, après un siècle de relâchement,
les populations rejettent le conservatisme rigide de la romanité.
Les zones éloignées des positions vandales ont repris leur indépendance.
Le processus de déromanisation est en marche.

Un visiteur inattendu va se charger d’effacer,
en une cinquantaine d’années, l’héritage romain.

La conquête arabe


En 639 (soit sept ans après le décès de Mahomet), une armée arabe entre en Egypte.
En septembre 642, Alexandrie capitule.
Le nouvel occupant choisit la ville de Fostat comme capitale et y construit une mosquée.

L’année suivante, la Cyrénaïque est conquise et rattachée à l’Egypte.
En 644, la Tripolitaine tombe à son tour.

En 647, le nouveau gouverneur d’Egypte lance une attaque victorieuse vers « l’Ifriqiya ».
Les conflits de légitimité à la tête de l’islam
interrompent pourtant la progression du nouveau conquérant.

Muawiya, fondateur de la dynastie des Omeyyades en 661 à Damas, relance la conquête.
Okba, commandant en chef des armées arabes,
enchaîne victoires, construction de mosquées et enseignement de l’islam.
Après avoir atteint la côte atlantique,
il est tué en août 683 au sud de Biskra, au retour de son expédition.

Les Arabes implantent
religion islamique et langue arabe
dans tous les territoires conquis.

Les Berbères ne rejettent pas l’islam
mais refusent de se soumettre
à un maître étranger.
En 686, la Kahina
prend la tête de la résistance.
Reine d’une tribu berbère des Aurès,
elle fédère plusieurs tribus.
Elle défait par deux fois l’armée omeyyade
grâce aux cavaliers de la tribu
des Banou Ifren.
Et elle remporte une nouvelle bataille
en 697.
En 701, la Kahina est vaincue
et décapitée.

Statue de la Kahina à Khenchela Numide05derivative work: Ghezaltar (talk) - CC BY-SA 1.0

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Entre temps, en 695, les troupes arabes ont pris Carthage,
que les Byzantins reprennent en 696.
Pas pour longtemps puisque les Arabes reprennent la ville en 698.
Pour prévenir tout risque de retour des Byzantins, les Arabes rasent une nouvelle fois Carthage.
Un nouveau port est construit.
Trente ans plus tard, une ville - Tunis - s’élèvera tout près de là.

La province d’Afrique comprend dès lors la Tripolitaine et l’Ifriqiya proprement dite.
De 704 à 710, une nouvelle campagne affermit l’emprise
sur le Maghreb central et le Maghreb occidental.
C’est au monde de l’Orient musulman et arabe
que la population, à mesure de son islamisation, acquiert le sentiment d’appartenir.

Après avoir mis un terme à la dynastie omeyyade de Damas,
les califes de la dynastie abbasside fondent Bagdad en 762.
Dès le début du califat abbasside, la région du Maghreb tend vers l’autonomie.
En l’an 800, le calife abbasside Haroun al-Rachid confie à l’émir Ibrahim ibn al-Aghlab
l’exercice du pouvoir en Ifriqiya.
Ainsi la dynastie des Aghlabides voit-elle le jour pour un siècle.
En 893, c’est la fin de la dynastie.

En décembre 909, Ubayd Allah al-Mahdi se proclame calife,
fonde la dynastie des Fatimides, de doctrine chiite.
Il déclare usurpateurs les califes sunnites, omeyyade de Cordoue et abbasside de Bagdad.
La dynastie fatimide s’impose progressivement sur toute l’Afrique du Nord.
En 945, la tribu des Banou Ifren organise sans succès une grande révolte berbère.

En 969, la dynastie fatimide décide de déplacer sa base en Egypte.
Le gouvernement de la région du Maghreb est confié à la dynastie berbère des Zirides.
Ceux-ci, moins d’un siècle plus tard, rompent avec les Fatimides
et reconnaissent la suzeraineté du calife abbasside sunnite de Bagdad.
En réaction, les Fatimides envoient, en 1052, les Hilaliens nomades piller l’Ifriqiya.
Au bout de 5 ans, Kairouan finit par tomber.
Affaiblie, la région est conquise par les Normands de Sicile
qui y règnent pendant environ un siècle, jusqu’en 1160.

De leur côté, une fois en Egypte,
les Fatimides fondent, dès 969, la ville du Caire, leur nouvelle capitale.
Après d’innombrables crises, la dynastie fatimide s’effondre,
tandis que Saladin prend le pouvoir en 1170,
et avec lui la dynastie des Ayyoubides.

Au Maghreb occidental, les Idrissides fonde, en 789, la ville de Fès
et en font la capitale d’un royaume proclamé en 791.
Vers 1040, l’émir de nomades de l'ouest du Sahara et un théologien
fondent une confrérie de « moines-guerriers ».
Le moment est propice :
le califat de Cordoue, aux mains des Omeyyades depuis 756, a disparu en 1031.
En 1070, les moines-guerriers, que l’on nomme désormais « Almoravides »,
se lancent à la conquête du Sahara occidental.
Ils se rendent maîtres des principales cités du Maghreb occidental,
et franchissent le détroit de Gibraltar en 1086.
En 1090, les Almoravides sont à la tête de « l'empire des deux rives ».
Marrakech, fondée en 1071, en est la capitale.
Ils se placent sous la suzeraineté du calife abbasside de Bagdad.

Un groupe de Berbères de l'Atlas dénommés « Al Mowahidoun » - Almohades -
se lance, en 1130, à l'assaut du Maghreb occidental.
En 1147, ils s'emparent de Marrakech où vient de mourir le dernier prince almoravide.
En 1160, ils achèvent la conquête du Maghreb en prenant Tunis.
Bien que sunnites, ils rejettent la suzeraineté du calife de Bagdad.

En 1207, les Hafsides émancipent l’Ifriqiya de la domination almohade.
Et au Maghreb occidental, une tribu berbère, les Beni Merine,
conteste la souveraineté des Almohades.
En 1269, les Mérinides prennent Marrakech, mettant fin à la dynastie almohade.
En 1276, ils font de Fès leur capitale.

En Egypte, au milieu du treizième siècle (pendant la septième croisade),
les mamelouks de la garde du sultan ayyoubide le renversent.
Et ils instituent la dynastie mamelouke.


Émergence et déclin de dynasties successives, luttes inter-dynastiques,
autant de sources d’un affaiblissement, aggravé en 1492 par la chute de Grenade.

D’autant plus que, dès 1453,
la prise de Constantinople par les armées ottomanes du sultan Mehmed II
a signé la mort de l’Empire byzantin.
Les Ottomans poursuivent alors l’extension de leur empire.
En 1517, ils s’emparent du Caire, éliminant les Mamelouks.

Les Ottomans

Au seizième siècle,
les armées espagnoles tentent d’établir leur protectorat sur les côtes du Maghreb.
S’appuyant sur les corsaires barbaresques
Arudj et Khayr ad-Din
(les frères Barberousse),
les Ottomans chassent les Espagnols des ports du Maghreb oriental et central
et fondent la Régence d’Alger.

Vers 1550, ils pénètrent dans l’arrière-pays.

A la fin du seizième siècle,
l’Empire ottoman s’étend, en Afrique,
du Maghreb central à l’Egypte.

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De nombreux Berbères se replient dans les montagnes (Aurès, Kabylie) ou au Sahara. Certains y créent des royaumes indépendants, (Royaume des Beni Abbès, Royaume de Koukou…).

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Quant au Maghreb occidental,
s’y succèdent plusieurs dynasties
d'origine berbère,
jusqu’à la dynastie alaouite,
installée en 1664
et toujours au pouvoir au Maroc actuel.

L’empire ottoman laisse aux peuples annexés
une large liberté de langue, de culture, de religion, de traditions,
ouvrant une période de stabilité politique.

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