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Ainsi parlent Siddhârta, Charles, Albert… et les autres

"Je constate qu’il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à se réjouir de ses œuvres,
car c’est la condition humaine.

Qui donc le mènera voir ce qui sera après lui ?"

L’Ecclésiaste, 3, 21-22

Présentation

Imaginer entre fondateurs des trois religions du Livre un débat arbitré par Bouddha n’est pas une idée nouvelle. Ce qui l’est davantage, c’est de le concevoir comme l’occasion, pour chaque protagoniste, de porter un regard sans concession sur ce que ses propres fidèles ont fait du message annoncé. Ce qui l’est plus encore, c’est de compter au nombre des débatteurs un expert en monothéisme non biblique comme Zarathoustra, et deux scientifiques incontestés : Charles Darwin et Albert Einstein. C’est à ce débat empreint de sérénité et d’écoute mutuelle que nous convie cet essai qui fourmille, en outre, de repères historiques qu’il n’est pas inutile de rappeler à notre mémoire collective.


Les personnages

Bouddha, Siddhârta Gautama Sakyamuni, l’Eveillé. Philosophe indien des - 6e et - 5e siècles. Zoroastre, Zarathoustra, le Réformateur. Sage perse des environs du - 7e siècle.
Moïse, l’Elu de Yahvé. Prophète hébreu du -13e ou - 12e siècle.
Jésus, le Christ. Prophète galiléen du 1er siècle.
Mahomet, le Prophète d’Allah. Prophète arabe des 6e et 7e siècles.
Darwin, Charles. Naturaliste anglais du 19e siècle.
Einstein, Albert. Physicien allemand/suisse/américain des 19e et 20e siècles.

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La mort de Bouddha

Au moment de quitter le monde des hommes, Siddhârta a le cœur rempli d’allégresse : « Enfin, je vais savoir ! » Lui qui, sans jamais prétendre y apporter une réponse, n’a cessé de se poser la question du « pourquoi » de la vie, de l’origine de toute vie, du devenir de chaque vie, le voici peut-être au seuil de l’inaccessible. Là où il va se trouve la réponse. Néant ? Il n’en saura rien et c’est tant pis. Renaissance ? Cela ne serait pas vraiment une surprise pour lui, et ses questions resteront en suspens, encore une fois. Tout autre chose ? Ce nirvana qu’il s’est toujours refusé à figer dans une description forcément inexacte ? C’est cette perspective-là qui gonfle son cœur. Le voilà mort aux yeux des hommes, ses amis, ses compagnons, ses disciples qui lui ont donné le surnom de Bouddha, l’Eveillé ! Se découvre à lui tout l’univers, depuis ce que les hommes ont appelé la Création, jusqu’à ce qu’ils ont appelé la Fin des Temps. Tout est là devant lui. Tout. Toutes les étapes de l’histoire du ciel, et de l’histoire de la Terre, et de l’histoire de la vie, et de l’histoire des hommes. Tous ceux qui, dans l’histoire des hommes, l’ont précédé et aussi tous ceux qui l’ont suivi, avides comme lui, tout au long de leur vie d’homme, de savoir « pourquoi », ils sont avec lui. Et eux aussi ne sont plus qu’allégresse. Ils savent.

La méditation de Bouddha

Tout, de cet inaccessible, ne pouvait que l’être, tant est longue l’histoire, tant est vaste le monde, tant sont inimaginables ses lois. Comment aurais-je pu imaginer une Terre aussi étendue, habitée de peuples aussi différents ? Comment mon esprit aurait-il pu concevoir une humanité comptant, depuis son apparition et jusqu’à son extinction, tant de myriades d’hommes et de femmes ? Quant à la place infime de l’homme au regard du temps qu’a duré la Terre et de l’incommensurable diversité de la vie, comment aurais-je pu, mieux que je ne l’ai fait, m’en faire une idée juste ? Infime aussi cette Terre, fugace refuge de la vie, au regard des milliards et des milliards de corps célestes dont je ne pouvais entrevoir qu’une part si faible lors des nuits les plus claires. Et nous tous, qui avons cherché à voir au-delà du visible, à comprendre au-delà du quotidien, à expliquer au-delà de l’intelligible, voilà que nous savons. Tous, nous n’avons cessé de nous émerveiller des beautés de la nature, de ses inventions perpétuelles. Et de nous pénétrer de la gravité qui devait habiter l’homme, cet être vivant doté de capacités si particulières : aimer, haïr, parler, observer, réfléchir, s’interroger, révéler. Tous, nous avons tâtonné, nous avons espéré, nous nous sommes trompés. Mais, sans relâche, nous avons cherché à éclairer nos frères les hommes, depuis leurs premiers pas incertains sur la Terre jusqu’à leur disparition. Nous avons cherché à apaiser leurs souffrances, leurs angoisses, et les nôtres, en tentant de trouver un sens, un chemin vers la sérénité.

La rencontre de Zoroastre

Bouddha Je n’ai pas voulu nommer un démiurge. Il y en avait tant dans la mythologie védique, inaccessibles aux plus humbles et destinés surtout à conforter la position des brahmanes. Moi, j’étais convaincu que si existait une Vérité, unique, elle dépassait obligatoirement toute capacité humaine, aussi élevée soit-elle, à en appréhender les contours. J’ai préféré m’en tenir, simplement, à l’accessible : admettre que la vie est douleur, apprendre à dépasser toute douleur par la connaissance, chemin de la paix intérieure, de la sagesse, de l’éveil. Et voilà que certains de mes disciples ont fait de moi un Dieu vivant.

Zoroastre Comme toi, Siddhârta, ils savaient la Vérité inaccessible, mais cela ne leur suffisait pas. Ils avaient besoin d’un guide à vénérer, à solliciter en cas de besoin, à rendre responsable, aussi, de leurs propres imperfections et de leurs souffrances. Alors ils ont fait de toi un de leurs dieux. A la même époque, en Perse, il m’est apparu que les cérémonies religieuses, devenues très compliquées, s’étaient vidées de leur dimension transcendante. Elles n’étaient plus que rites. La classe sacerdotale et les aristocrates s’en étaient peu à peu approprié l’exclusivité. Le peuple en était exclu. Mais, à dire vrai, il n’y perdait pas grand’chose. Pourtant, les hommes avaient soif de vérité et de lumière. Il suffisait de leur faire redécouvrir le Seigneur juste et sage et de nommer les principes de Bien et de Mal, les fils jumeaux du Seigneur respectueux de la liberté des hommes. C’est ce que j’ai fait. Toi, tu as fait preuve d’une immense modestie en refusant de nommer un démiurge. Mais tu vois qu’aux yeux de tes disciples, il manquait quelque chose à ton message. Je comprends ton choix, mais l’homme est homme. Alors moi, je lui ai rendu le Seigneur guide que les prêtres lui cachaient.

La rencontre de Moïse

Bouddha Un autre prophète, bien avant notre passage parmi les hommes, avait annoncé le Seigneur juste à son peuple, dans une contrée bien éloignée des nôtres.

Zoroastre Pas aussi éloignée que tu le dis, Siddhârta. Nos caravaniers avaient croisé des enfants de ce peuple. Ils les avaient entendus raconter comment, des siècles auparavant, un de leurs prophètes avait sauvé les enfants d’Israël en contractant une Alliance avec un Dieu tout-puissant.

Moïse Tu dis vrai, Zarathoustra. Ce Dieu unique et tout-puissant, je ne L’ai pas inventé. C’était le Dieu de nos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. C’était le Dieu des douze tribus d’Israël. Esclaves au pays de Pharaon, Ses enfants se sont souvenus de Lui. Moi, je les ai fait sortir de la terre d’esclavage. Après bien des années d’errance et de souffrance, ils ont enfin rejoint la terre de Canaan qui leur était promise. Cela n’a pas été simple. Comme tous les hommes, ils étaient prompts à invoquer le Seigneur dans le malheur. Prompts aussi à Lui être infidèles. En fuyant les persécutions de Pharaon, c’est vers Lui que sont montées leurs prières. Et moi, je les ai rassurés, et ils ont construit l’Arche d’Alliance avec le Seigneur Yahvé dont je leur ai livré le nom. Loin des persécutions, ils L’ont souvent oublié, redevenant idolâtres. Ils ont adoré le Veau d’Or. Alors j’ai brisé leurs idoles et ils ont compris que le Seigneur Yahvé était un Seigneur jaloux, qui briserait l’Alliance si leur nuque était raide, comme j’avais, moi, brisé le Veau d’Or. C’est leur fidélité qui les a conduits en pays de Canaan. Et leurs enfants, et les enfants de leurs enfants, n’ont plus oublié Yahvé malgré les épreuves, ou à cause d’elles.


La rencontre de Jésus

Bouddha Et les épreuves n’ont pas manqué, chacune étant reçue par ton peuple comme un rappel des exigences de l’Alliance, une manifestation de ce Dieu jaloux avec qui il l’avait contractée.

Zoroastre Corrige-moi, Moïse, si je me trompe : Yahvé m’apparaît comme un Seigneur bien sévère.

Moïse Tu as raison, Zarathoustra. Il le fallait alors, tant les tribus étaient en permanence portées à se quereller et à L’oublier. Mais l’Alliance promettait la venue d’un Messie qui, un jour, instaurerait l’Amour éternel entre Yahvé et les enfants d’Israël, ceux qui auraient entendu Sa loi.
Jésus Oui Moïse. Et la lettre de la loi a si bien pris le pas sur son esprit que, lorsque j’ai révélé l’Amour du Père à notre peuple, il n’a pas voulu entendre le message. Comme toi, Siddhârta, et comme toi, Zarathoustra, je me suis heurté aux prêtres qui étaient censés guider le peuple d’Israël. Imprégnés de règles intangibles à leurs yeux, et farouchement attachés à leur prééminence, ils n’ont pas accepté que je leur en fasse reproche. Mes remontrances étaient parfois véhémentes. Mais leurs oreilles, comme leur cœur, s’étaient fermées à la promesse d’Amour. Peut-être, aussi, le peuple d’Israël n’a-t-il pas compris que l’Amour de Yahvé pût s’adresser à tous les peuples de la Terre. Pour lui, ayant révélé Son nom à Moïse, Yahvé était le Dieu des seuls enfants d’Abraham. Et les autres peuples avaient les leurs. L’exigence jalouse du Dieu de Moïse, les enfants d’Israël en avaient fait un droit exclusif, refusant aux autres enfants du Père le droit à Son Amour, le droit à l’Alliance. Pour eux, ma parole était hérétique. Alors, ils ont estimé légitime aux yeux de Yahvé de me laisser crucifier par les occupants romains.


La rencontre de Mahomet

Bouddha Comme toi, Jésus, je croyais profondément que, soumis aux mêmes souffrances, tous les hommes étaient dignes du même amour et du même respect. Cela m’a valu les foudres brahmaniques. Je transgressais la règle des castes.

Zoroastre En revanche, ce sont les petits, les humbles, les intouchables qui, autour de toi, Siddhârta, comme de Jésus, ont accueilli la lumière de votre parole d’espoir. A mes yeux aussi, le Seigneur sage tenait pour égale la liberté de chaque homme, quelle que soit sa condition. En parlant des principes du Bien et du Mal, c’est de cet infini respect que je voulais témoigner. Et de Son amour infini du Bien et de tous ceux qui choisissent Sa voie.

Moïse Comprenez pourquoi, six siècles plus tôt, les Hébreux, fuyant en plein désert leurs persécuteurs, ne pouvaient entendre qu’un message destiné à eux seuls. Il me fallait leur enseigner le courage et la fidélité à l’Alliance. Ils devaient apprendre la solidarité aussi : aucun ne pouvait se sauver seul. Unis en un peuple, élu de Yahvé, ils l’ont pu.

Jésus Et tous ne sont pas restés à tout jamais aveugles à l’infinie splendeur du Père. Ce sont des Juifs, tous mes disciples dispersés, qui ont délivré le message d’Amour et d’Espérance au-delà des mers. Beaucoup y ont perdu leur vie terrestre, martyrisés, mais tous ont connu l’ineffable bonheur de l’Espérance en l’Amour du Père.

Mahomet Certains de tes disciples, Jésus, se sont joints aux caravanes qui sillonnaient le désert arabique. C’est en conduisant les caravanes de Khadija que j’ai entendu parler de toi. Et de Myriam, ta mère. Et des Anges, messagers de ton Seigneur. C’est là aussi, Moïse, que j’ai rencontré des tribus fidèles à Yahvé, ton Dieu. Les bédouins, eux, pratiquaient encore des rites animistes. Quant aux cités d’Arabie, elles avaient leurs dieux et leurs déesses. Nombreuses étaient les religions qui se côtoyaient à La Mecque, mêlant dieux phéniciens, dieux mésopotamiens, déesses traditionnelles, et bien d’autres. J’ai médité longuement sur ce que j’avais appris de la bouche des Juifs fidèles à Yahvé et des disciples du Christ Jésus. J’ai finalement acquis la conviction que les tribus d’Arabie devaient renoncer à leurs rites disparates, factices et creux, et connaître, elles aussi, le Seigneur unique et tout-puissant. Alors j’ai commencé à prêcher et, comme vous, je me suis trouvé en butte à l’hostilité de la classe dirigeante. Il m’a fallu fuir. J’ai quitté La Mecque pour Médine, avec mes quelques fidèles. Et j’ai dû me battre, les armes à la main, pour faire prévaloir la volonté d’Allah, le Seigneur grand et tout-puissant. Pour accomplir ma mission, il ne me suffisait pas de prêcher. Il fallait aussi organiser une société dispersée entre les tribus du désert, les habitants des oasis, chacun ayant ses vieux rites, ses traditions, ses sempiternelles querelles, son orgueil farouche. Il fallait créer toutes les instances d’une société unifiée autour d’Allah le Grand. Pour un peuple nomade, pauvre, batailleur, dont la survie était un combat de chaque instant, un peuple dépourvu de règles communes, le Seigneur unique devait être avant tout organisateur et exigeant pour pouvoir être entendu. Et il fallait aussi faire connaître Allah à toute la Terre, Le faire reconnaître de tous les peuples qui L’ignoraient.

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La rencontre des savants

Bouddha Oui, Zarathoustra. Tu dis vrai. Et s’il en fallait une preuve, ce pourrait bien être la pérennité que cette parole a connue tout au long des millénaires, malgré luttes sanglantes et dissensions fratricides. D’une certaine façon, aussi, la conscience que possédaient les hommes de leur existence, et de leur place si particulière au sein du monde vivant, ne pouvait que les conduire à leur incessante quête d’explication, de savoir. S’ils n’ont jamais cessé de s’interroger sur le « pourquoi » auquel nous avons tenté d’apporter des réponses, ils ont tout aussi inlassablement cherché à percer le secret des lois de la nature. Dans cette exploration des mystères de la nature, Mahomet, la dynastie abbasside a joué un grand rôle. C’est alors qu’ont été repris, enrichis, et diffusés jusque dans les contrées les plus lointaines, les savoirs de la Grèce antique. Les mathématiques, la médecine, l’astronomie, la philosophie ont, tout autant que les arts, connu une effervescence créatrice qui a fourni à l’humanité les fondements de ses découvertes ultérieures. Et les savants de la civilisation chinoise y ont aussi largement contribué. Mais il ne fait guère de doute que les hommes, en tentant de percer le secret des lois de la nature, ne perdaient jamais de vue l’ultime et lancinante question du « pourquoi » de ces lois.

Darwin Oui, Siddhârta, ils n’ont jamais perdu cette question de vue, même si chacune de leurs découvertes mettait à mal les révélations qui, depuis Abraham, étaient tenues comme vérités. Pourtant, aucune de leurs découvertes n’a apporté de substitut satisfaisant aux religions que vous aviez proposées aux hommes. Et aucun savant n’y a jamais prétendu. Presque deux millénaires après ton passage sur terre, Jésus, j’ai contribué, avec bien d’autres, à la compréhension des lois de l’évolution des espèces vivantes et de leur sélection naturelle, ces lois qui ont régi le monde vivant de notre planète et son exubérante diversité pendant plusieurs milliards d’années. Avant d’entamer le périple qui devait me permettre d’élaborer ces hypothèses, j’avais commencé des études de médecine, puis suivi des études de théologie en vue de devenir pasteur anglican. Dans l’un et l’autre cas, j’étais resté sur ma faim. Les observations biologiques et géologiques accumulées lors de mon grand voyage à bord du Beagle se sont progressivement ordonnées. Et l’idée d’évolution, d’adaptation et de sélection s’est imposée comme la seule qui soit cohérente à mes observations. Les découvertes ultérieures, lois de l’hérédité, chromosomes, ADN, mutations, échanges de gènes, ont confirmé sa validité. S’est alors imposée l’évidence scientifique que la diversité du monde vivant résultait de la conjonction du hasard aveugle et des contraintes environnementales.

Einstein Et au cours de ce siècle qui t’a vu explorer l’évolution des espèces vivantes, Charles, une multitude de savants ont aussi fait progresser à grands pas la connaissance de l’infiniment petit, corpusculaire, et de l’infiniment grand, cet univers immense et incompréhensible. Je m’y suis attelé à mon tour, fasciné par des phénomènes aussi triviaux que l’orientation immuable d’une aiguille aimantée ou les étranges mouvements d’un café chaud dans sa tasse. Malgré des études quelque peu chaotiques en Allemagne et en Suisse, puis la nécessité de faire vivre ma petite famille en travaillant au bureau des brevets de Zurich, j’ai fini par entrevoir quelques hypothèses susceptibles de répondre à des questions jusque-là en suspens. C’est celle de la nature corpusculaire de la lumière, expliquant l’effet photo-électrique, qui m’a valu le Prix Nobel. Mais ce sont les théories de la relativité, restreinte puis généralisée, qui ont certainement marqué le plus profondément la pensée scientifique ultérieure. Et aussi l’histoire des hommes.

Bouddha La période que vous avez vécue, tous les deux, a été le théâtre d’un incroyable foisonnement de découvertes. Beaucoup plus que d’hypothèses ou de théories, comme vous qualifiez bien modestement vos travaux respectifs, il s’agissait d’une description de plus en plus fine de la réalité physique, chimique ou biologique de l’univers et de l’invention d’une multitude d’applications de ces lois naturelles enfin élucidées. J’ai bien envie de poser aux savants que vous êtes les questions auxquelles nous avons, pour notre part, voulu répondre. Dans quelle mesure toutes ces découvertes, et leurs applications, ont-elles contribué à apaiser et à élever les hommes ? Comment les ont-ils entendues ? Qu’en ont-ils fait ?

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Darwin Mon discours n’a évidemment pas plu à tout le monde, et pas seulement dans le petit cénacle des savants. Certains de vos fidèles voyaient dans le récit de la genèse une vérité immuable, puisque révélée par le Tout-Puissant, créateur de toutes choses comme le voulait leur foi. Il était difficile, pour eux, d’admettre que les écrits sacrés n’étaient pas des précis scientifiques. Pourtant, rédigés à une époque donnée, ils ne pouvaient pas, des millénaires plus tard, être entendus d’une manière littérale. La teneur de ces livres sacrés était forcément dépendante du contexte dans lequel ils avaient été écrits. Il a fallu près d’un siècle pour que les croyants reconnaissent que si les savants tentaient inlassablement de comprendre le « comment » de la nature, le « pourquoi » ne relevait ni de leurs compétences ni de leurs prétentions. Et puis mes contemporains m’en ont un peu voulu d’avoir fait de l’espèce humaine le fruit de l’évolution du règne animal, au même titre et selon les mêmes lois que n’importe quelle autre espèce, araignée, ver de terre ou tigre du Bengale. L’orgueil d’Homo sapiens, ce grand singe debout portant fièrement sa grosse boîte crânienne, en a évidemment souffert. Il leur a pourtant fallu s’approprier l’évidence qu’ils n’étaient que les rescapés d’une multitude d’expériences de la nature, échelonnées sur des millions d’années, et auxquelles d’autres Homo, comme l’homme de Neandertal ou le petit homme de Florès par exemple, n’avaient pas survécu. En revanche, ils ont appris à jouer avec le code génétique, le leur mais aussi celui des plantes, des animaux, des microbes. Pour le meilleur et pour le pire, bien sûr, puisque l’homme est homme, comme tu le dis si bien, Zarathoustra. Identifier, prévenir ou maîtriser certaines maladies, améliorer le rendement des cultures ou des pratiques d’élevage, voilà quelques applications que l’on a pu considérer, à quelques réserves près, comme bénéfiques. En revanche, certains n’ont pas hésité à fonder des théories discriminatoires autant qu’abusives sur un prétendu bagage génétique différent selon les races. Ton peuple, Moïse, en a été victime, comme beaucoup d’autres et pendant trop longtemps. Et toi aussi, Albert, quand tu as dû t’exiler aux EtatsUnis. Au-delà des applications que l’humanité a mises en œuvre sur la base de mes théories, évolution et sélection ont inexorablement poursuivi leur travail, intégrant aussi dans le cours de leur processus les modifications artificiellement induites par l’homme. L’Homo sapiens, entre autres, a poursuivi son évolution, plus ou moins perceptible selon l’échelle de temps. En particulier, il a continué d’accroître ses capacités à conceptualiser et à modéliser les secrets de la nature. Du fait d’un divorce de plus en plus grand entre le contexte environnemental que lui offrait la Terre et ses propres besoins, il a finalement dû, au même titre que toute espèce vivante, se soumettre aux lois de la sélection naturelle. Et l’espèce humaine s’est éteinte avant d’avoir réalisé son rêve immémorial, l’ambition de tout comprendre, tout expliquer, tout maîtriser. Malgré tout, il me semble que cette orgueilleuse prétention des savants à comprendre, à expliquer, à maîtriser toujours plus, n’a pas été vaine puisque, de siècle en siècle, elle a permis à l’humanité de mieux se situer dans le cortège du monde vivant. Et de mieux affronter les lois aveugles de son environnement.

Einstein Cette expression, « pour le meilleur et pour le pire », que tu emploies, Charles, qualifie mieux que toute autre l’usage qu’a fait l’humanité des théories découlant de mes recherches. La formule anodine, E = mc², en est à elle seule l’illustration la plus emblématique. Sans elle, aucune possibilité de comprendre et de maîtriser la fantastique énergie résultant de la fission nucléaire. Aucun espoir, donc, d’imaginer ses applications et de domestiquer ses risques dans le domaine de la médecine ou de la production d’électricité. Aucune possibilité, non plus, d’imaginer la bombe atomique et l’apocalypse d’Hiroshima et de Nagasaki. Quant à l’énoncé des notions d’espace-temps et de courbure de l’espace-temps, s’il n’a pas révolutionné directement la vie quotidienne des êtres humains, il a en revanche permis une meilleure interprétation des observations recueillies par les astronomes sur le comportement des objets cosmiques. Après le pas de géant qu’avait franchi, deux siècles plus tôt, Newton en énonçant sa théorie de la gravitation, la théorie de la relativité a représenté un nouveau pas, rien de plus. J’ai désespérément tenté, pendant des dizaines d’années, d’aller plus loin dans la recherche d’une théorie encore plus cohérente, unificatrice du cosmos comme de l’infiniment petit quantique. En vain. Et mes successeurs n’y ont guère mieux réussi. Pendant les siècles ultérieurs, cette recherche a suscité des débats passionnés, attisés par l’évidente insuffisance des théories successives à tout expliquer. Sans réponse satisfaisante. Et ce, jusqu’à l’extinction de l’espèce humaine malgré, comme tu le soulignes, Charles, l’accroissement de ses capacités à conceptualiser les secrets de la nature.

La convergence

Bouddha Vos propos témoignent de ce que, malgré des outils de plus en plus puissants et des chercheurs de plus en plus performants, la démarche scientifique n’a pas mieux réussi à répondre exhaustivement à la question du « comment » que nous ne l’avons pu à celle du « pourquoi ». Désormais, tous nous savons. Et il me semble fondé de dire que les limites de l’une et l’autre de nos démarches étaient les mêmes. Aussi profonde qu’ait été son intelligence, aussi grande qu’ait pu être sa compassion, l’homme n’était qu’un homme et ne pouvait accéder qu’à une partie du savoir, de la connaissance. Il a progressé, au cours des millénaires, sur la voie qui y menait. Etant homme, il ne pouvait atteindre le terme.

Darwin Peut-être l’aurait-il pu si son évolution n’avait pas été interrompue par l’extinction de l’espèce humaine. L’acquisition d’une telle capacité nécessitait cependant de profondes mutations. Il n’aurait alors plus été Homo sapiens mais une espèce autre. Ces mutations ne se sont pas produites. Comme l’univers, le monde vivant a gardé entier son mystère jusqu’à sa disparition de la Terre, et jusqu’à la disparition de la Terre elle-même.

Einstein Je crois comme toi, Charles, qu’aucun Homo sapiens n’avait la moindre chance de s’en faire une juste idée de son vivant. A notre mort terrestre s’est révélé à nous tout l’univers, depuis le début jusqu’à la fin des temps. Cette révélation découle du fait que la mort nous a affranchis de l’espace-temps. L’homme, prisonnier des limites de l’espace-temps au même titre que tout objet inerte ou vivant de l’univers, ne pouvait atteindre le terme de sa recherche du « comment ». Et pas davantage, me semble-t-il, de sa quête du « pourquoi ».

Zoroastre Pour progresser, votre démarche requérait une grande humilité. Pour vous, la description d’une nouvelle théorie a conduit, chaque fois, à une remise en cause des précédentes. Elle les a complétées ou infirmées. Et pas à pas, de modèle en modèle, c’est toujours à la lumière de la confrontation à l’observation qu’ont été retenus les modèles les plus pertinents. Ton modèle, Albert, a remplacé celui de Newton en le complétant. Et tu as toi-même remis ta théorie en cause et, surtout, admis que d’autres pourraient un jour la mettre à mal.

Bouddha Je crois, Zarathoustra, que tu mets là le doigt sur un élément essentiel. La recherche du « comment » était en permanence soumise au verdict de la réalité observable. Tous les hommes ont bien dû adhérer à la constatation que la Terre était ronde et tournait autour du Soleil, même si cela n’a pas été sans mal. Mais elle ne pouvait prétendre à l’énoncé définitif de l’absolue réponse. Admettre cette limite a été une grande preuve d’humilité de la part des savants. Il nous faut bien reconnaître que notre quête du « pourquoi » n’a pas fait preuve d’autant de modestie.

Zoroastre C’est bien ce que je veux dire, Siddhârta. Mais aucun de nous ne pouvait confronter sa propre conviction à autre chose qu’à d’autres convictions, plus solidement ancrées les unes que les autres au cœur de leurs adeptes. Chacun de nos Seigneurs - Yahvé, le Seigneur jaloux de Moïse ; Ahura Mazda, mon Seigneur sage ; le Dieu d’Amour de Jésus ; Allah le grand, proclamé par Mahomet - a été reçu comme le Seigneur unique par une partie de l’humanité. Contrairement à la démarche des savants, les nôtres ne pouvaient pas intégrer une quelconque remise en cause par la preuve. Notre foi nous tenait lieu de preuve. On pourrait en conclure que nous nous sommes complu à empiler les Seigneurs uniques. Ce serait faux. En réalité, tous nous étions convaincus de l’unicité du Seigneur tout-puissant, Celui que, par essence, on ne saurait nommer. L’orgueil a irréductiblement fait obstacle à l’humilité qu’imposait l’indicible transcendance. Et chacun a prétendu savoir, mieux que ses frères, comment nommer Celui qui ne pouvait l’être. Pour toi, Mahomet, Allah était bien le Dieu d’Abraham, de Moïse et de Jésus. De ce Seigneur unique sont nées trois religions, appelées religions du Livre ou encore, religions révélées, dont les adeptes se sont entretués au nom de ce même Seigneur. Trois religions. Au moins deux de trop. Comment le Seigneur aurait-il pu demander aux unes de combattre les autres ? C’eût été Se combattre Lui-même.

Moïse A mes yeux, la tradition tenait lieu de preuve. Je n’avais pas d’autres arguments que celui de la fidélité au Dieu de nos pères pour sauver le peuple des enfants d’Abraham. Lorsque, plus d’un millénaire plus tard, est apparu Jésus, les souffrances déjà endurées avaient figé les Hébreux. Tu as raison, Zarathoustra. Peut-être auraient-ils pu reconnaître, dans le Christ, la promesse d’Amour faite par Yahvé. Mais pour les hommes qu’ils étaient, c’était déjà trop tard. Ils s’étaient persuadés que le Messie ne viendrait parmi eux qu’à la fin des temps. Leur conviction d’être le Peuple élu les a, en revanche, préservés de toute tentation de prosélytisme violent. La guerre sainte ne pouvait pas avoir de sens pour les Juifs. Quelques-uns d’entre eux ont entendu ton message, Jésus, comme celui que le peuple attendait. Ils t’ont suivi. Les autres ne l’ont pas entendu. La tradition, les Pharisiens, les Romains, tout a contribué à les rendre sourds. Ils l’ont été plus encore, Mahomet, lorsque tes fidèles ont prétendu leur dire Qui était Celui auquel ils s’efforçaient d’être fidèles depuis des générations. Ils étaient le Peuple élu. Ils continuaient à attendre un Messie porteur d’Amour. En conquérant les pays dans lesquels les Juifs s’étaient dispersés et, tant bien que mal, intégrés, tes successeurs ne les ont pas considérés comme des croyants fidèles au Seigneur depuis des siècles et des siècles. Ils les ont considérés comme des infidèles à convertir à Allah. En Allah, les Juifs n’ont pas reconnu le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Seigneur Yahvé avec qui j’avais contracté l’Alliance. Ils attendaient un Messie porteur d’Amour, et Allah était un Dieu conquérant, exigeant, intolérant. Comment L’auraient-ils entendu ?

Mahomet Je comprends, Moïse. Il te fallait préserver ton peuple, en lui conservant le soutien de Yahvé. Ayant acquis la certitude de ce soutien, les enfants d’Israël se devaient de rester fidèles à l’Alliance, de génération en génération. Toi Jésus, tu y as ajouté l’assurance de l’Amour du Père pour Ses enfants. S’adressant à tous les hommes, ta démarche a pris une dimension universelle. Ce n’était plus un peuple élu mais toute l’humanité qui recevait la promesse d’Amour. Ainsi as-tu dissocié le Tout-Puissant du contexte temporel, politique, territorial, de chaque peuple, laissant aux princes le soin de s’en préoccuper. Tu l’as clairement explicité en recommandant de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Pour moi aussi, le message d’Allah était universel. Mais contrairement à toi, j’étais confronté à des populations dépourvues de toute organisation. Pour qu’il soit entendu, j’ai dû en faire, en même temps que le message du Créateur tout-puissant, un code temporel visant à organiser des groupes disparates en un peuple soudé par la respectueuse crainte d’Allah. Les dimensions temporelle et spirituelle de l’Islam sont devenues indissociables. Et la nécessité s’est imposée à mes successeurs, détenteurs des pouvoirs temporel et religieux, d’islamiser les pays conquis.

Jésus Oui, Mahomet. Comme Moïse, il t’a fallu prendre en compte le contexte dans lequel tu annonçais le Seigneur. Pour nos amis savants, la validation de leurs théories exigeait une concordance avec la réalité observable et requérait l’adhésion de la communauté scientifique. La vision ptolémaïque de l’univers n’a pas survécu aux observations de Copernic, Galilée et Kepler. Ainsi ont-ils progressé, par étapes, vers une compréhension de plus en plus fine des lois de la nature. Notre enseignement, fruit de nos méditations respectives, était d’un autre ordre, celui de l’intime et profonde conviction, celui de l’irrationnel, celui de la Foi. Et nos méditations étaient, elles, tributaires du contexte dans lequel chacun de nous se trouvait plongé, et des traditions dont il était l’héritier. Tu as raison, Zarathoustra, notre Foi nous tenait lieu de preuve. Pour les Hébreux, Moïse, c’était la Foi en la tradition. Lorsqu’il t’a fallu sauver le peuple persécuté, c’est en t’appuyant sur elle que tu l’as sauvé. Et l’Alliance consentie par Yahvé, devenue pierre maîtresse de la tradition, a su préserver l’unité des enfants d’Israël de siècle en siècle. Pour toi, Mahomet, c’est sur la Foi en ton enseignement que tu as pu ancrer des tribus dispersées. Leur unification en un Etat fort exigeait de chacune d’elles l’adhésion à un code temporel commun en même temps qu’à la volonté d’Allah. Tu en as jeté les bases, et tes successeurs ont su en poursuivre la mise en œuvre en souscrivant à la nécessité de lier temporel et religieux. Quant à moi, ma Foi en l’infinie grandeur de l’Amour du Père et en l’universalité de son message d’Espérance m’imposait de bousculer une tradition qui ignorait l’une et l’autre. Tu as raison, Mahomet : pour moi, le gouvernement temporel des peuples ne relevait pas de la mission que mon Père confiait à mes disciples par ma voix. Mon Evangile s’adressait à tous les hommes de toutes les contrées de la Terre, aux plus humbles comme aux plus puissants, chacun demeurant libre de l’accueillir et de le vivre à sa mesure au sein du peuple des enfants de Dieu. Bien que j’aie échoué à me faire reconnaître des prêtres juifs comme le Messie porteur du message d’Amour destiné à tous les hommes, mes disciples ont su annoncer, eux, et par toute la Terre, l’Espérance aux affligés, aux persécutés, aux assoiffés de justice, aux doux, aux miséricordieux, aux artisans de paix. Certes, Zarathoustra, trois religions révélées, c’était au moins deux de trop. C’était pourtant bien le même Seigneur que notre conviction nous avait dicté de révéler. Soumis à des réalités différentes et contraignantes, les hommes ne pouvaient Le reconnaître qu’à travers des religions distinctes et forcément aussi imparfaites qu’ils l’étaient eux-mêmes. Comme toi, Siddhârta, chacun de nous a apporté à ceux des hommes qui pouvaient l’entendre un message propre à répondre à leurs multiples questionnements sur le « pourquoi » de la vie. Trop souvent, c’est vrai, notre parole a été dévoyée. Comment, en effet, le Seigneur Dieu aurait-il pu demander à Ses enfants de se combattre les uns les autres ? Le Christianisme, comme l’Islam, comme le Judaïsme, ont connu leurs excès fanatiques, leurs intolérances, leurs cruautés, leurs détournements, leurs trahisons. Mais les hommes n’auraient-ils pas été plus barbares encore, si l’évolution des espèces ne leur avait pas conféré, en même temps qu’intelligence et conscience d’être, la capacité de s’abandonner à l’indicible Amour d’un Père créé sur mesure ?

Bouddha Jusqu’à ce que la mort, les affranchissant de l’espace-temps, ne leur ouvre toutes grandes les portes de la connaissance du « pourquoi » en même temps que du « comment ».

Note de l’auteur

Traditionnellement, l’auteur d’un ouvrage prend soin de préciser, dans un avant-propos, les intentions qui ont présidé à son projet. Je m’y suis refusé ici parce que mon idée première s’est trouvée, au fil de sa mise en œuvre, parasitée par d’autres considérations auxquelles je n’ai pu échapper. Il était dommage d’en faire état avant même que le lecteur ne s’immerge dans l’ambiance qui préside à ce petit essai.

En revanche, il me paraît juste, au terme du débat entre ses sept acteurs, de révéler les intrusions inattendues qui m’ont conduite à en faire ce qu’il est. Si, comme moi, vous êtes un lecteur indiscipliné et que vous ne résistez pas à la tentation de commencer la lecture d’un livre par la dernière page, vous éviterez, en lisant cette petite note, la frustration qu’ont éprouvée mes lecteurs-cobayes qui espéraient une conclusion neuve. Mais peut-être, aussi, passerez-vous à côté du plaisir que procure, fût-ce au prix d’une frustration, l’attente de la réponse que devrait apporter la conclusion... et qu’elle n’apporte pas vraiment, si ce n’est par une pirouette !

Mon intention était d’imaginer un débat, animé par Bouddha, entre Moïse, Jésus et Mahomet. Débat qui consisterait en une analyse critique, par son propre fondateur, de chacune des trois religions révélées. Pourquoi Bouddha ? Parce que, étant à l’origine d’une religion sans Dieu, il était à mes yeux le modérateur idéal. A la réflexion, il m’a semblé intéressant de lui adjoindre Zoroastre, expert en monothéisme non biblique, et susceptible, à ce titre, de faire rebondir le cours de l’échange sous certains angles délibérément ignorés de Bouddha.

S’est alors posée la question du cadre de la rencontre entre protagonistes temporellement séparés de deux millénaires. A la mort du dernier, Mahomet ? Trop tôt pour mesurer l’incidence de l’Islam sur l’humanité. A une période ultérieure, le XXIème siècle par exemple ? Aucune raison ne justifiait cet arbitraire. Pour que leur dialogue puisse revêtir la sérénité que je lui souhaitais, il était nécessaire et suffisant de le situer après que tout ait été accompli, afin que le film cosmique puisse s’offrir dans son intégralité à leur méditation. Ainsi s’est imposée l’évidence que leur affranchissement de l’espace-temps était la meilleure solution scénographique. Seul Einstein pouvait en rendre compte. Et Darwin devenait son incontournable comparse dans l’exposé des limites imposées à Homo sapiens au cours de sa présence sur la Terre.

L’alpha et l’oméga du « comment » ne font probablement qu’un avec la réponse au « pourquoi ». Pour paraphraser Jésus, j’ai envie de dire qu’y accéder est « plus difficile encore que pour un chameau, de passer à travers le chas d’une aiguille ». Comment pourrais-je prétendre, bien que n’étant pas chameau, passer à travers le chas d’une aiguille ?

Les illustrations

Tête de Bouddha. Art gréco-bouddhique du Gandhara. Musée Guimet, Paris. Photo Giraudon, Paris.

Moïse (détail). Michel-Ange. Saint-Pierre aux Liens, Rome.

Le Christ et la femme adultère (détail). Lorenzo Lotto. Musée du Louvre, Paris.

Rencontre de Mahomet avec Gabriel. Musée Topkapi, Istanbul.

Charles Darwin. The Granger collection NYC.

Albert Einstein (détail). Associated Press.

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